Aujourd'hui, grandes réflexions scientifiques.
C'est vrai, on a tous vu dans Psychologie Magazine et autres trucs pour gens qui ont rien a faire (et si vous ne l'avez pas lu, on vous l'a répété, avouez!) que le psychique et le physique sont liés. "Ah oui pas étonnant qu'elle développe #maladie# vu le traumatisme qu'elle a subi" "Le pauvre chéri, il vaudrait mieux qu'il fasse une psychothérapie".
Tout d'abord, permettez-moi de rappeler que le monde n'est jamais noir ou blanc, mais toujours un mélange des deux. Et les gens font partie du monde. Une personne n'est mauvaise que parce que des choses négatives lui sont arrivées, qui l'ont poussée, pour se protéger, à faire ressortir le négatif et l'agressif nichés au fond d'elle. Une pathologie n'est jamais totalement physique ni totalement psychologique.
Prenons un exemple tout bête. Tout physique.
Notre patient est un jeune homme tout ce qu'il y a de plus sportif et de plus actif. Forcément, un été, il se casse un bras en jouant au foot ball (oui, le foot ball ne concerne pas que les pattes arrières). Double fracture radius-ulna, un bon truc bien traumatique, bien pas lié au stress, pas de terrain favorisant, le truc que les médecins aiment bien (problème A = solution A, très net). Malheureusement, l'opération, dans ses suites, ne donne pas tous les résultats escomptés. Le patient devra être opéré plusieurs fois à la suite de cette fracture, on lui pose tout un attirail de bricoleur (des vis, des broches, la classe), bref, il met un certain temps a retrouver sa condition physique initiale.
Pendant tout ce temps, il est privé de sport, cloué à la maison à regarder ses os cicatriser (ce qui est encore plus rébarbatif que regarder des aiguilles de montre tourner, admettons le). Il va prendre moins soin de lui, son caractère va se modifier et être moins avenant, plus agressif.
D'après cet exemple, et tous les exemples connus de personnes qui dépriment parce qu'elles sont enfermées suite à un problème de santé, montre bien que le physique influe sur le psychologique.
Mais je pense qu'il faut pousser un peu plus loin que cela, cette vision est tout de même réductrice.
Etre "malade", c'est un statut social, aussi.
Etre malade, c'est être impotent, inutile. Etre malade, c'est se faire couper les aliments dans l'assiette, rester assis quand les autres rangent et font la vaisselle, c'est guillotiner sa vie sociale. Les personnes alentour ont tendance à vous infantiliser dès lors que votre physique n'est plus au top (ce que les personnes âgées connaissent également).
Etre malade, c'est perdre son indépendance, son autonomie. L'infantilisation empêche l'épanouissement.
Toutes ces choses-là influent aussi beaucoup sur le psychologique, qui s'en trouve donc atteint dès lors que le physique est amputé.
Prenons un autre exemple tout bête. Tout psychologique.
Notre patiente a subi des agressions sexuelles incestueuses durant son enfance. Ce traumatisme l'a privée d'un développement psychologique normal. Elle connaît de nombreux effets de ce traumatisme, du cauchemar à la crise de panique, et finit par développer une colopathie fonctionnelle à la fin de son adolescence. Les médecins refusent de la soigner car "C'est dans la tête" "C'est le stress". Au mieux lui donnera-t-on des médicaments afin de mieux supporter les symptômes, tout en lui conseillant toujours la même chose "Allez voir un psy, Mademoiselle".
Notre patiente ne s'entend pas avec les psys (eh oui, les personnes qui en ont le plus besoin sont bien souvent les plus récalcitrantes), mais au bout de plusieurs années elle finit par dégoter un groupe de parole destiné aux femmes qui ont subi des violences, et le fréquente régulièrement. Son état physique s'améliorera progressivement, au fil des séances.
Ici on est clairement dans les pathologies qui destabilisent les médecins, surtout la colopathie fonctionnelle qui est connue pour être la "pathologie poubelle" (les patients ont une symptomatique semblable, mais on ne sait pas les soigner. Cependant, donner un nom à leur pathologie leur fait déjà du bien psychologiquement, alors on le fait)
Ce type de pathologie est destabilisant : on a un problème B mais on ne trouve pas de solution B, on est obligé d'essayer une solution C, une solution D, sans vrai résultat tant qu'on a pas trouvé la solution B.
Le psychologique influe sur le physique dans le sens ou l'organisme subit un stress et est donc dans une réaction constante de défense (l'organisme au sens biologique, les cellules, les organes, sont en alerte et ont un fonctionnement différent de la normale, la situation de stress est quelquechose de scientifiquement observable). Le patient est conscient que le problème vient de lui et est destabilisé d'en être responsabilisé comme le font les médecins (certains vous diront clairement "Démerdez-vous" ) voire même culpabilisé (les médecins sont des humains comme les autres et comprennent la même proportion de cons que le reste de la population). Il voit bien que les médecins de bonne volonté sont incapables de l'aider et finit par penser que lui seul détient la solution sans jamais parvenir à la trouver. (Ce qui est faut, il y a des thérapeutiques autres que la psychiatrie et la psychothérapie pour aider ces patients-la, sauf qu'on ne le leur indique pas.)
Le phénomène de culpabilisation est un vrai cercle vicieux qui va conduire le patient à se réduire à moins qu'un asticot et souvent aggraver son état physique (pour cet exemple j'ai choisi volontairement une pathologie chronique).
Moins évident, le psychologique qui provoque une pathologie physique aigue.
Le système est toujours le même, l'organisme accumule du stress. Sauf que lorsqu'il le laisse s'échapper, on est dans le shéma cocotte minute : la pression à l'intérieur de la cocotte est telle que tout pète à la gueule du cuistot. Dans ce cadre là, le stress va se manifester par le biais d'une pathologie aigue. On parviendra à la traiter par des moyens médicaux normaux (problème X = solution X ) mais le fond du problème ne sera pas traité, et finira par se manifester à nouveau par un moyen ou par un autre.
Dans ce genre de pathologies, on peut trouver par exemple le zona.
Le zona est un virus frère de la varicelle. Lorsqu'un enfant contracte la varicelle, le virus demeure dans l'organisme même après la guérison sous forme lattente, cachée dans un ganglion lymphatique. Suite à un gros stress, le virus va se manifester à nouveau et infecter un nerf sur le trajet duquel vont surgir de mignons troupeaux de petits boutons.
De nos jours, cette pathologie aigue se soigne très bien, mais les médecins sont bien d'accord sur le fait que le stress est un fort facteur favorisant.
L'idée est que ces pathologies dont nous parlons se développeraient peu ou pas sans terrain favorisant. Une personne qui a attrapé la varicelle ne développera pas nécessairement le zona au cours de son existance.
Certaines personnes poussent la réflexion plus loin en mettant quasiment toutes les pathologies dans ce sac-là, jusqu'aux cancers et au VIH, mais je crois que la science a toujours un mot à dire à un moment ou à un autre, on ne peut pas tout charger sur le dos du psychologique.
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Voilà quelquechose de bien peu précis, de bien peu scientifique. L'idée, c'est juste de faire réfléchir en donnant quelques armes de départ, de garder à l'esprit que tout est lié dans un corps, rien n'agit indépendamment du reste de l'organisme.
Le sujet que j'ai choisi de traiter est extrêmement vaste et complexe, j'en ai bien conscience. Il n'a toujours pas été résolu aujourd'hui, étant donné l'impuissance des médecins à traiter certaines pathologies. J'ai choisi de vous en parler tout de même ce soir pour que vous puissiez vous aussi faire fonctionner vos neurones à plein régime sur un autre sujet que l'Affaire Bettencourt en ce bel été ensoleillé, quitte à rester dans le superficiel et le surfait, il faut bien partir de quelquepart pour en arriver à un résultat.
Enjoy!